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Le désir d'enfant

Par Brigitte DOHMEN, fondatrice et formatrice de la Préparation affective à la naissance (haptonomie)



Fais-moi un enfant.

Je voudrais un enfant de toi.

J’ai envie d’avoir un enfant

J’ai décidé de faire un enfant.

Je veux un enfant.

Docteur, aidez-moi à être enceinte.

J’exige un enfant à tout prix.


Autant de formulations possibles d’un même désir, mais combien d’attitudes différentes face à celui-ci. Le désir d’enfant : de quoi s’agit-il ? D’où vient-il ? Que signifie-t-il ? Ce qui paraît aller de soi pourrait s’avérer en réalité beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine. C’est d’ailleurs le premier choc des couples qui arrêtent leur contraception et qui n’ont pas tout de suite l’enfant programmé.


Le désir d’enfant naît habituellement dans une relation d’amour entre deux êtres de sexe différent. Il est la concrétisation de cet amour, son prolongement et vient y inscrire quelque chose d’immortel. Il permet à chacun des partenaires de garder quelque chose de l’autre et plus encore de créer un être unique qui est à la fois soi et l’autre, à l’image de l’alchimie particulière de la relation. Fondamentalement donc l’enfant est conçu dans une relation non seulement affective mais aussi sexuée. Il est le fruit de la relation sexuelle et du désir érotique et amoureux d’un homme pour une femme et réciproquement. En psychologie, on pense que ce contexte est important pour fonder l’identité de l’enfant et tout particulièrement son identité sexuée. On sait bien, par exemple, que les enfants qui ne sont pas issus d’une relation d’amour entre leurs deux parents peuvent avoir des difficultés à développer une estime d’eux-mêmes satisfaisante plus tard.


Mais le désir d’enfant s’origine dans notre histoire personnelle et dans celle de l’humanité. En effet, si d’autres humains avant nous n’avaient pas eu le désir de se perpétuer, nous ne serions pas là aujourd’hui. Ou si, comme dans un film de Marion Hänsel, les enfants décidaient un jour de refuser de venir au monde, l’humanité disparaîtrait très rapidement. Désirer des enfants permet tout simplement à la vie de se continuer au-delà des destins individuels et de la mort.


Mettre des enfants au monde donne la possibilité de se prolonger à travers eux et de transmettre son héritage tant génétique que culturel, social, familial, affectif. Cela permet de s’inscrire dans une lignée et de la perpétuer, devenant ainsi immortel sur le plan symbolique. Avoir un enfant, c’est aussi se situer dans la succession des générations et lui faire franchir une étape, chacun y changeant de rang. Ainsi, en devenant parents, nous perdons notre place d’enfants.

Faire un enfant, c’est s’acquitter de la dette transgénérationnelle, redonner la vie qu’on a reçu, transmettre la mémoire de sa lignée ou, comme on le considère dans certaines cultures, permettre aux ancêtres de revivre à travers celui-ci. Devenir parents, c’est aussi faire comme ceux qui nous ont précédés, c’est respecter des idéaux familiaux, culturels, sociaux, voire même religieux.


Ceci est encore plus flagrant chez les hommes qui ne peuvent pas enfanter. La paternité se développe sur un versant symbolique, celui de « devenir père parce que j’en ai le désir. Ce faisant, je transmets mon nom et ma filiation ». Le désir d’enfant chez l’homme s’exprimera surtout sur ces versants. La femme est la médiatrice indispensable de son désir, celle par qui celui-ci peut se réaliser. L’enfant sera plus le résultat de son désir pour elle plutôt que la conséquence d’un désir propre.


Patrick Ben Soussan écrit : « Tout enfant naît d’une histoire qui l’a porté au monde, histoire propre à chacun des parents, histoire de leur rencontre, de leur désir d’enfant, de leur couple.…Avant que de naître, tout enfant est déjà pensé, parlé, rêvé. Il est destiné à jouer le grand rôle d’un scénario qui, souvent, est dicté à l’insu des parents, au plus près de leur roman familial et de celui des générations qui les ont précédés.…L’enfant devra se frayer un chemin dans cette géographie intime et inconsciente des histoires parentales. »

Le désir d’enfant s’est structuré à partir des expériences relationnelles de l’enfance et tout particulièrement de la petite enfance. Quel enfant n’a pas joué à la poupée, à papa et maman et ne s’est pas imaginé à ce moment-là dans le rôle parental envié et craint à la fois ? Le désir d’enfant s’est construit à travers nos identifications à nos parents et/ou à des parents de notre entourage que nous admirions et que nous aimions. Mais beaucoup plus fondamentalement encore, ce désir s’est enraciné dans notre toute première relation d’amour, la relation à notre mère. Autant dire que la plus grande part de ce désir échappe totalement à notre conscience et à notre maîtrise, comme en font douloureusement l’expérience les couples ayant des difficultés à procréer.


Quels sont les aspects plus inconscients que l’on retrouve dans le désir d’enfant ?


Au niveau le plus superficiel, le désir d’enfant est avant tout un désir narcissique : je veux un enfant de moi et comme moi. D’où la difficulté parfois d’accepter certaines formes de technologie actuelle de procréation ou l’adoption d’un enfant différent de soi. Je pense à une jeune femme que j’avais rencontrée avec une demande d’avortement parce qu’elle était enceinte d’un homme d’une autre race et qu’elle n’arrivait pas à s’imaginer porteuse d’un enfant qui n’aurait pas la même couleur qu’elle. Il ne s’agissait nullement de racisme chez elle parce qu’elle aimait cet homme, mais simplement d’une étrangeté trop inquiétante de cet autre trop différent d’elle, dans lequel elle n’arrivait pas à se reconnaître.

On retrouve souvent, dans le désir d’enfant, le fantasme du double narcissique : cet enfant représente celui que j’ai été. Cet enfant vient de moi, il est ma création, une partie de moi (« ma chair et mon sang »), je le veux à mon image puisqu’il prendra ma place.


La venue d’un enfant peut servir à consolider ou augmenter l’estime de soi chez chacun de ses parents. Il les confirme dans un statut d’adultes face à eux-mêmes, leurs familles et la société. Sa venue prouve la féminité de sa mère ainsi que la virilité et la puissance sexuelle de son père.


Sur un plan souvent plus profond, le souhait d’un enfant est lié à des désirs infantiles non réalisés. L’enfant va venir combler les manques de l’enfance : je vais en recevoir l’amour que je n’ai pas eu ou je vais lui donner ce qui m’a manqué comme si, en le faisant, c’était un peu à moi enfant que je le donnais, croyant ainsi réparer mon passé.

De la même manière l’enfant peut être désiré pour annuler des manques plus actuels, des séparations ou des deuils ; ainsi, ces demandes d’insémination ou de réimplantation d’embryon congelé après le décès du père.


L’enfant, à notre époque, est devenu un investissement narcissique : il donnera un sens à ma vie, réussira là où j’ai raté, me rendra fier de lui,… Et j’entends parfois certaines femmes se plaindre du fait que, sans enfant, leur vie n’a aucun sens, comme si elles ne pouvaient pas exister par elles-mêmes, comme si elles étaient incapables de créer autre chose qu’un enfant.


Mais il existe des aspects beaucoup plus inconscients au désir d’enfant. D’ailleurs, il faut bien reconnaître que la plus grande part en est inconsciente et qu’elle échappe dès lors à tout contrôle. C’est ce qui explique la présence de l’ambivalence dans tout désir d’enfant, fut-il très affirmé. Pour chacun des deux parents, la part inconsciente du désir d’enfant se joue à la fois sur la scène narcissique et sur le registre oedipien, et est bien évidemment le reliquat de l’histoire infantile.



Le registre narcissique : désirer un enfant, c’est s’identifier à sa mère.


Pour la femme, c’est devenir comme sa mère et reconnaître sa mère en soi, c’est désirer recevoir cet enfant de sa mère en signe de sa reconnaissance de son appartenance au sexe féminin, mais aussi comme moyen d’acquitter sa dette vis-à-vis d’elle. Cet enfant est donc désiré de la mère sur le versant homosexuel de la maternité, il sera celui de la filiation maternelle. On voit déjà ici comment certaines nouvelles technologies de reproduction peuvent renforcer ce phantasme.

Chez la femme toujours, on retrouve aussi un phantasme de reproduction parthogénétique : dans celui-ci, la procréation se fait par partition d’un autre soi-même, sans sexualité. Le clonage humain serait un passage à l’acte de ce phantasme.

Enfin, l’enfant permet à la femme de réaliser une parfaite complétude narcissique et un déni de la castration féminine : je n’ai pas de pénis, mais l’enfant le remplace. Ainsi, comme le dit Lemoine : « elle est homme parce qu’elle a le phallus enfant et elle est femme puisqu’elle est mère ». Ici aussi, les nouvelles technologies de reproduction peuvent permettre d’évacuer totalement l’homme (sur le plan symbolique) et venir cautionner ces phantasmes. Je pense notamment à ces femmes homosexuelles ou solitaires qu’on insémine sans référence au « nom du père ».


Chez l’homme, on retrouve cette même identification à la mère et un versant homosexuel à la paternité : l’homme souhaite, comme sa mère, être fécondé par son père et porter un enfant. La filiation est ici paternelle. Cet enfant appartient au père (du père) qui pourrait dès lors venir le réclamer. Ce versant narcissique est souvent très inconscient parce qu’il réveille très fortement les angoisses de castration. En effet, si je m’identifie à ma mère, je vais perdre mon phallus.



Le versant oedipien : l’enfant est aussi toujours désiré du parent du sexe opposé.


Pour la femme, désirer un enfant, c’est avoir envie de posséder le pénis du père, disait Freud pour qui l’enfant est un équivalent du pénis. Le désir d’enfant est donc incestueux. Cela implique d’entrer dans une rivalité oedipienne avec sa mère et d’en accepter le meurtre symbolique : en devenant mère, je deviens son égale et je la dépasse en même temps puisque c’est désormais moi qui porte les enfants alors qu’elle ne le peut plus. Je la fais devenir grand mère, donc vieille et plus proche de la mort.


Pour l’homme, il s’agit d’avoir un enfant de sa mère (certains hommes ne sont plus capables de vivre leur sexualité avec leur femme devenant et devenue mère, tant le phantasme incestueux est présent). Cela implique d’entrer dans la rivalité oedipienne avec son père dont il vole le pénis (l’enfant dans le ventre de sa mère) et qu’il accepte de tuer symboliquement en prenant sa place (c’est désormais moi qui transmets le nom de la lignée).


La rencontre de trois désirs :


Françoise Dolto disait que, pour avoir un enfant, il fallait la rencontre de trois désirs : celui des deux parents et celui de l’enfant de venir s’incarner.

L’on voit à travers ces aspects inconscients combien le relationnel est important dans le désir d’enfant. Celui-ci naît généralement dans une relation et idéalement dans une relation d’amour. On désire un enfant d’un homme (d’une femme) qu’on a choisi comme père (mère) pour celui-ci. Le désir d’enfant renvoie à l’autre (à un autre sexué, appartenant à l’autre sexe). La venue de l’enfant imprime quelque chose de définitif dans la relation : celui-ci en sera toujours la trace. La manière dont l’enfant sera investi dépendra d’ailleurs souvent de la nature de cette relation.


Précédemment, l’arrivée de l’enfant n’était souvent pas programmée, elle était le résultat du désir d’un homme pour une femme et le fruit de leur relation sexuelle. Symboliquement, l’enfant représentait le cadeau d’amour d’un homme pour sa partenaire, il était donc l’enfant de l’homme. La contraception était d’ailleurs essentiellement masculine.

Depuis la pilule, la contraception est devenue féminine, la maîtrise de la fécondation aussi. L’enfant est le cadeau que la femme se fait à elle-même ou à son compagnon. Il n’est plus le cadeau qu’elle reçoit. Avec la pilule, nous assistons à un changement de paradigme. L’enfant n’est plus le fruit du désir sexuel de l’homme mais celui de la volonté consciente de la femme.

 

Le désir d'enfant et la volonté de contrôle

 

Avec la contraception hormonale, la notion de désir d’enfant peut réellement se mettre en place : l’enfant qui était plus accepté que désiré, devient programmé (avec tout le côté rationnel que cela confère à la décision). Progressivement le désir d’enfant s’est aussi transformé en droit à l’enfant. L’enfant est voulu avant d’être conçu. « On est passé de l’enfant inévitable à l’enfant à éviter, puis à l’enfant à tout prix, mais au moment où cela convient. », nous dit Catherine Druon.


La pilule a créé l’illusion de la maîtrise du corps, des processus de fécondité et donc du désir d’enfant : « un enfant quand je veux, comme je veux » disaient les féministes. Cela a permis de développer des fantasmes de toute-puissance et de maîtrise et donc une volonté absolue de contrôle. Or le désir échappe, par définition, au contrôle. Et, plutôt que de le rappeler, la médecine renforce au contraire cette illusion. « Un enfant quand je veux » est devenu « un enfant tout de suite », et l’on en vient à « oublier » que tout processus de fécondité normale prend du temps. On ne prend plus le temps de vivre, pourquoi prendrait-on le temps de savourer l’attente et de se préparer à accueillir cet enfant qu’on appelle à la vie ?

« On essaie de réduire de plus en plus le temps entre le moment où vous commencez à désirer, celui où vous êtes capable de faire émerger votre demande et enfin le moment où vous recevez l’objet de votre satisfaction. (…) Cela vous prive d’un certain plaisir qu’il y a à attendre pour mieux savoir ce que l’on veut. »(François Delor).


La contraception moderne a aussi séparé sexualité et fécondité. Pourquoi pas, dès lors, concevoir l’enfant en dehors de toute relation sexuelle ou de toute relation d’amour, voire même de toute relation. Je pense à une jeune femme qui s’est fait inséminée à l’étranger par sperme de donneur après une rupture amoureuse (pour combler le vide) en allant choisir (avec son papa !) le donneur sur catalogue comme on va choisir le cheval qui saillira la jument. L’homme et son produit (l’enfant) sont tout à fait chosifiés, sans parler du côté incestueux de la démarche.


Le désir d’enfant est devenu un besoin, une exigence, renvoyant l’enfant au rang des produits de consommation, ainsi que l’a démontré un procès aux Etats Unis où des parents « adoptants » attaquaient une mère porteuse parce que celle-ci, au terme de sa grossesse n’avait pu envisager de se séparer de l’enfant qu’elle avait porté, procès que ces parents adoptants ont gagné puisqu’il s’agissait d’une rupture de contrat commercial !

La médecine s’est engouffrée dans ce commerce au point d’avoir créé la demande. Il est facile maintenant de dire que la demande vient des couples. Le clonage humain est proposé par les scientifiques aujourd’hui, il sera demandé par les consommateurs demain.

La technique médicale se substitue de plus en plus au désir puisque, dans les services de procréation médicalement assistée, on traite à l’heure actuelle de plus en plus de couples qui n’ont pas de problème de stérilité, quand ce n’est pas des femmes en parfaite santé dont le seul problème consiste à refuser de passer par une relation avec un homme pour procréer. Ce faisant, la médecine évince de plus en plus l’homme de la fécondation devenant la mère archaïque dont tout enfant rêve d’avoir un enfant. Nous sommes en plein passage à l’acte des aspects inconscients du désir d’enfant.


Et quand l'enfant ne vient pas ?


Que se passe-t-il quand, une fois la contraception arrêtée, l’enfant n’arrive pas tout de suite ? Comment cette attente est-elle vécue par l’un et l’autre partenaire du couple ?


Généralement, le désir d’enfant devient un besoin puis une revendication d’enfant, exacerbée par l’échec de la maîtrise. Si l’enfant n’est pas là au moment où le couple l’a programmé, cela ne peut être dû qu’à un dysfonctionnement du corps. Les couples pensent très vite être stériles, à tord le plus souvent. Tout retard dans le projet est vécu comme un handicap. Pour la femme comme pour l’homme, la non venue de l’enfant désiré est une blessure narcissique importante qui s’accompagne d’une intense souffrance, de culpabilité et de honte. Néanmoins, le vécu diffère pour l’homme et la femme.


La femme vit cette situation comme une agression dans son corps, dans son estime d’elle-même et dans sa relation à son partenaire. Le fait que son corps lui échappe et lui refuse ce qu’elle en attend est une véritable castration. Le rêve tourne vite au cauchemar et à l’obsession. Faire l’amour devient essayer d’avoir un enfant, le partenaire devient l’outil pour y arriver et le désir disparaît des relations sexuelles. Cela s’aggrave encore quand il s’agit de faire l’amour sur prescription médicale et sur commande ! Des difficultés sexuelles peuvent en découler et des conflits dans le couple avec de l’agressivité envers le partenaire si celui-ci est à l’origine du problème ou n’arrive pas à remplir la « prescription ». Or, si une femme peut faire l’amour sans désir, c’est bien plus difficile pour un homme.

La femme se sent différente des autres femmes, inférieure à elles (et tout particulièrement à sa mère qui continue dès lors à la dominer dans la position oedipienne) et elle a peur d’être rejetée. Ses amies deviennent mères, ont des activités adaptées à ce type de vie et elle se sent « à part », moins valorisée que les autres, comme l’étaient dans le temps les femmes qui n’avaient pas trouvé de maris.

« Pourquoi moi ? » dira-t-elle souvent alors que tant d’autres ont des enfants qu’elles ne désirent pas. C’est une profonde injustice qu’elle ne peut ni comprendre ni accepter et qu’elle vit comme une punition.

Elle perd l’estime d’elle-même, parfois même elle ne comprend plus le sens de sa vie et peut plonger dans la dépression. Il arrive aussi qu’elle perde le sens et le goût de sa relation de couple, soit qu’elle ne s’en sente plus digne parce qu’elle ne peut faire ce cadeau à son partenaire, soit qu’elle lui en veuille de ne pas lui permettre de réaliser son désir, soit qu’elle n’aie pas d’autre projet de couple que celui de procréer.

Dans tous les cas, cela provoque une grande souffrance.


Chez l’homme, la stérilité est souvent confondue avec l’impuissance puisque la grossesse est la preuve de sa puissance sexuelle. Cela le renvoie à une peur de la castration et à une image très dévalorisée de lui. Il a honte d’être différent des autres hommes (dont son père), et ce d’autant plus qu’il ne peut dès lors pas transmettre son nom et continuer la lignée. Ces blessures narcissiques peuvent entraîner des troubles du désir sexuel. Si le problème est chez lui, il souffre de ne pouvoir satisfaire sa partenaire et a peur de la perdre. Il s’en veut de cette tare qui lui est infligée comme une punition. Si le problème est chez elle, soit il banalisera ne comprenant pas la souffrance jugée trop excessive de sa femme, soit il se cherchera une autre partenaire plus fertile. Il est lui aussi en proie à un doute existentiel.


 

Les situations de fertilité moindre ou d’infertilité sont toujours source d’une intense souffrance psychique et entraînent souvent des pathologies psychiques (blessure narcissique, dépression, problèmes de couple…) qui justifient pleinement un soutien psychologique. Si un travail un peu plus approfondi est fait (même en thérapie brève), on trouve extrêmement rapidement des obstacles inconscients à la procréation. On perçoit très vite qu’il y a une lutte inconsciente entre le désir d’enfant et ces facteurs inconscients.



Obstacles inconscients à la fertilité :

 

Nous avons vu tout à l’heure les aspects plus inconscients du désir d’enfant. Chacun de ceux-ci peut devenir un obstacle.


Sur le versant narcissique :


Le désir d’enfant est narcissique : la femme veut un enfant qui lui ressemble. Mais en même temps, elle peut avoir très peur des déformations de son corps, ne pas supporter l’idée de ces changements, vouloir garder une image d’un corps intact et éternellement jeune. Elle voudrait un enfant d’elle-même mais sans être abîmée, sans trace visible.


Devenir mère, c’est devenir comme sa mère. Mais si la relation à celle-ci a été mauvaise, c’est une identification impossible à accepter. « Je ne veux surtout pas être une mère comme ma mère », diront certaines femmes. Le problème, c’est qu’il est parfois impossible de faire autrement. Il en est de même pour l’homme. Je pense à un patient qui n’arrivait pas à procréer parce qu’il était devenu impuissant depuis que sa femme lui avait annoncé son désir d’être enceinte. Un travail approfondi avec lui a mis à jour la grave maltraitance qu’il avait connu de la part de son père dans son enfance. Devenir père, c’était prendre le risque d’être et de faire comme lui. Cette idée lui était insupportable. Le fait d’en prendre conscience l’a certes aidé mais n’a pas été suffisant. Il lui a fallu élaborer toute la souffrance de son enfance, l’intégrer afin de s’en détacher pour pouvoir enfin devenir père et un père différent.

L’infertilité et les techniques mises en place par la médecine pour y faire face permettent parfois de devenir parent sans être géniteur, ce qui développe le fantasme souvent illusoire d’échapper à la tendance à reproduire ce qu’on a connu dans l’enfance.


Dans ce versant, devenir mère c’est désirer recevoir cet enfant de sa mère. Si celle-ci n’accepte pas de passer le relais à sa fille, si elle ne l’autorise pas à devenir mère à son tour, la stérilité peut représenter une soumission à cette mère tyrannique. Il arrive souvent que cet interdit soit d'ailleurs explicite. Cécile s’est vue interdire d’avoir des enfants par sa mère qui estimait qu’elle serait incapable de les élever. La mère de Sophie lui disait que ce n’était pas utile qu’elle ait des enfants puisque son frère préféré en avait déjà. C’est souvent un transfert maternel positif sur une mère de substitution qui ne se présente pas comme une mère toute-puissante qui permettra de lever cette inhibition. Ainsi Cécile a été enceinte une première fois dans le cours de sa psychothérapie alors que sa thérapeute était enceinte elle-même. On peut penser que la médecine de la stérilité fonctionnant comme une mère archaïque elle-même ne soit pas capable de lever cet interdit.


Sur le versant oedipien :


Si le désir d’enfant peut être de façon inconsciente un désir incestueux, sa non réalisation met à l’abri de ce genre de phantasme. Si la relation à son parent du sexe opposé a été incestueuse dans la réalité ou sur le plan symbolique, la vulnérabilité psychique à ce phantasme sera plus grande et peut faire arrêt à la procréation.


Faire un enfant, c’est aussi accepter de vivre la rivalité oedipienne avec son parent du même sexe : je deviens son égal. Vais-je arriver à faire mieux ou tout simplement autrement que lui (ou elle) ? Si la femme (ou l’homme) a peur d’affronter cette rivalité avec le parent du même sexe, si ce dernier la (le) disqualifie dans cette rivalité, la grossesse aura difficile à survenir.


En ce qui concerne la volonté de contrôle :


L’inconscient s’accommode mal du contrôle. Il est par définition ce qui échappe à la maîtrise. Toute technique qui cherche à le court-circuiter ne fera que déplacer le symptôme ou pire l’accentuer. Il est évident que, même si la grossesse survient, les conflits inconscients qui empêchaient sa réalisation sont toujours présents, non résolus et actifs. On peut penser qu’ils se manifesteront dans la relation à l’enfant ensuite. Julie a connu des abus sexuels dans sa toute petite enfance. Enceinte par fécondation in vitro, elle est hantée par des pulsions à « jouer » avec le sexe de son bébé qui l’épouvantent.


Le désir d’enfant se soumet mal aussi à la volonté de contrôle. Au plus il devient obsessionnel, au moins la grossesse surgit. Tout le processus de l’enfantement, du désir d’enfant à l’accouchement, confronte la femme et le couple à leur impuissance à avoir une maîtrise totale du corps. De plus, la grossesse peut provoquer une peur d’avoir un corps étranger à l’intérieur de soi qui se développe et se nourrit de soi.

 

La rencontre de trois désirs :


Parfois, il n’y a tout simplement pas de place pour le bébé même si le désir d’enfant est exprimé. La vie professionnelle monopolise tout l’investissement des parents et aucun des deux n’est prêt à diminuer leur rythme de travail pour accueillir cet enfant. Sylvie me raconte qu’elle est très fâchée parce que la gardienne qu’elle a contactée pour garder son enfant après la naissance refuse de le garder jusque 22H plus de deux fois par semaine !

Dans d’autres situations, le partenaire ou le parent du parent occupe la place de l’enfant dans le couple et se fait materner en n’ayant d’ailleurs pas envie de céder cette place à un enfant.

La non concrétisation de la grossesse permet de ne rien remettre en question de ce fonctionnement que ce soit sur le plan social ou au niveau du couple.


Les secrets de famille :


La présence de secrets de famille peut aussi bloquer les processus de fécondité. Sophie ne sait ni qui est son père ni qui est sa mère. Un long travail thérapeutique a permis de découvrir qu’elle était une enfant incestueuse issue des relations entre un homme et sa fille adolescente. La grossesse a été tenue secrète par la famille et, une fois l’enfant née, elle a été élevée par une des sœurs plus âgée qui était mariée. Sophie était incapable d’avoir une relation de couple stable et ne pouvait envisager de fonder une famille, ne sachant finalement pas qui elle était.

« Quand la transmission familiale contient un mystère, un « non-dit », l’homme ou la femme pourront avoir des difficultés à se situer dans la généalogie et refuser de perpétuer le secret et ses conséquences. » L’enfant « reste accroché quelque part dans les branches de l’arbre généalogique », écrit Geneviève Delaisi de Parseval.


Les secrets touchent aussi souvent les morts et les deuils non faits, et tout particulièrement les fausses couches et les morts d’enfant. J’ai beaucoup rencontré dans ma pratique des problèmes de fertilité chez des enfants de remplacement. « Chantal a eu des fécondations in vitro à répétition, elle en a assez et se sent bloquée. Elle veut être aidée à ne plus se sentir bloquée sans plus, parce qu’elle ne désire pas faire un travail thérapeutique approfondi. Je lui propose un contrat de quatre séances. Je travaille avec elle en état de relaxation, à la manière d’un rêve éveillé, ce qui est souvent un travail intéressant avec des personnes qui ont des problèmes psychosomatiques. Je lui demande de s’allonger, de fermer les yeux, de respirer calmement, de descendre dans son corps là où ça souffre et de laisser venir les images sans censurer. En descendant dans son ventre, on y a trouvé la pierre tombale de sa mère morte pendant son enfance et dont elle n’a jamais pu faire le deuil parce que sa famille a tout fait pour éviter cela. Plus profond encore, on a trouvé les jumeaux morts avant elle et dont elle a été l’enfant de remplacement. Comment dès lors faire venir un enfant vivant dans ce champs de désolation et de mort ? Je pense que la prise de conscience de tout ça, les larmes qui sont remontées à travers ce travail, le fait de ramener ces deuils dans sa famille, tout cela a contribué à faire bouger son psychisme de façon peut-être assez intense pour qu’elle puisse se mobiliser autrement. Elle reprendra contact avec moi un peu plus tard, pour me dire qu’elle a renoncé aux fécondations in vitro et a commencé des démarches d’adoption. » (B. Dohmen)


Face aux problèmes de fertilité, la médecine et la psychanalyse ont des attitudes fondamentalement différentes :


La médecine face à la stérilité :


La demande des patients :


Quelle est généralement la demande que les patients adressent à la médecine ?

Comme nous l’avons vu précédemment, la contraception hormonale a créé le fantasme que l’on pouvait maîtriser le désir d’enfant : tout comme je peux décider de ne pas en avoir, je peux décider de programmer quand je veux en avoir. C’est pourquoi les couples sont très surpris quand cette grossesse n’arrive pas une fois la contraception arrêtée. Très vite le désir se transforme en besoin puis en exigence. Le délai qui court est vécu comme un dysfonctionnement du corps au mépris de la réalité de la physiologie. La temporalité est annulée et la demande se manifeste dans l’urgence d’une satisfaction immédiate.


Marie Santiago-Delefosse parle d’un passage du désir d’enfant à un « vouloir mère ». Ici c’est la grossesse et l’état d’être mère qui sont recherchés plutôt que l’enfant lui-même. Celui-ci n’est plus envisagé dans une relation d’amour et de désir, il devient un bien à acquérir, hors relation et souvent hors sexe, et qui est injustement refusé.


La femme se tourne vers la médecine pour la satisfaire, pour la réparer et résoudre cette injustice et cette inégalité par rapport aux autres femmes. Elle lui demande d’être toute-puissante, de la faire mère à tout prix, de supprimer son symptôme sans chercher à le comprendre, sans même chercher à savoir s’il y a réellement désir d’enfant.


La réponse médicale :


La médecine va accueillir cette demande comme un symptôme somatique dont la causalité est linéaire et qui peut être soigné de façon organique. Elle répondra souvent à la demande sans l’analyser et dans l’urgence, si ce n’est le délai des nombreux examens. Même si ceux-ci ne donnent rien, elle traitera le problème de la même façon et en agissant avec les mêmes techniques somatiques. En se focalisant sur le symptôme décodé comme somatique, la médecine escamote le fait qu’il s’agisse au bout du compte d’une demande d’enfant. Celle-ci implique une tierce personne : l’enfant lui-même qui se trouve ici mis en place d’un objet de consommation sans plus.

J’ai parfois rencontré des femmes qui suivaient un traitement pour leur « stérilité » alors qu’elles n’avaient tout simplement pas de relation sexuelle et soit l’avaient caché au médecin, soit celui-ci ne leur avait pas posé la question.

Il est rare qu’un médecin qui travaille dans les procréations médicalement assistées cherche à savoir si le refus de l’infertilité est réellement un désir d’enfant et ce qu’il recouvre. Certains vont même jusqu’à avouer que, s’ils posaient la question, ils perdraient une partie de leur clientèle.


La médecine va cautionner le fantasme que la solution est à l’extérieur, dans des actes techniques, médicamenteux ou autres. Ce faisant, elle occulte toute la crise existentielle sous-jacente, évite toute prise de conscience des conflits et toute élaboration des deuils. La technique prendra la place de la parole, des émotions et du désir qu’elle remplacera par un agir dans le registre de la volonté, la maîtrise et la toute-puissance. Ce faisant, elle essaiera de forcer le corps et l’inconscient à se plier à ses exigences.

Quand les traitements n’aboutissent pas, elle proposera aussitôt un autre essai ou une autre technique sans même laisser le temps d’assimiler le traumatisme et le deuil.


La médecine fonctionne aussi en divisant (diviser pour régner ?) le corps et le psychisme, l’homme et la femme, la sexualité et la procréation, l’amour et la technique et en morcelant le corps lui-même. Tout cela permet de faire miroiter un espoir illusoire (le taux de réussite est le même que celui des grossesses sans intervention extérieure), mais surtout cela permet de ne pas se poser les vraies questions.


 

La réponse de la psychanalyse :


La psychanalyse prend une position diamétralement opposée. Elle refuse de répondre par un agir et dans l’urgence. Elle ne reste pas fixée sur la demande qui n’est que le point de départ d’une recherche du sens. Elle va accompagner la souffrance présente sans chercher à l’évacuer ou la résoudre et s’attache à comprendre les conflits ou les souffrances passées qui n’ont pu s’élaborer et se manifestent à travers le corps. La maladie est souvent un mal-à-dire qui demande de la part de l’analyste de renoncer au plaisir d’être efficace et de guérir pour écouter et redonner une temporalité qui s’était perdue dans la frénésie du besoin.


L’analyste n’accepte pas de jouer le rôle qui lui est assigné par le patient, il n’est pas celui qui va résoudre le problème, il aide la personne à retrouver en elle les sources de ses souffrances et les ressources pour les affronter. Quand on accompagne un couple avec ce type d’écoute, on trouve très vite de bonnes raisons d’avoir « postposé » la réalisation de ce désir d’enfant. Souvent le corps est là pour protéger d’une autre souffrance plus profonde, plus ancienne, inconnue souvent ou non reconnue comme telle ; il est là pour protéger de conflits inconscients vécus comme dangereux pour le psychisme ; il est là pour éviter d’avoir à vivre une impasse ou une crise psychique encore plus importante ; il est parfois là pour éviter de reproduire les traumatismes anciens avec l’enfant ; il est là pour protéger le couple du réajustement qui risquerait de le déséquilibrer.


Face à la demande, l’analyste introduit un espace pour parler et du temps pour penser et pour désirer. Et il est vrai qu’il arrive parfois que la grossesse survient alors qu’elle est « médicalement impossible » et qu’il n’y a plus de traitement médicaux. Mais le but de l’écoute analytique est d’accompagner et non d’être efficace.


Chercher le sens, toujours et envers et contre tout, même et surtout contre toute logique et volonté de contrôle.

Chercher le sens dans l’histoire individuelle, dans l’histoire du couple, dans l’histoire des générations qui ont précédé.

Chercher le sens dans l’histoire sociale. Pourquoi, à l’heure actuelle, assiste-t-on à une telle baisse de la fertilité dans les pays industrialisés ? De quoi notre société est-elle malade ? Quel avenir offrons-nous à nos enfants ? Ont-ils encore envie de venir s’actualiser dans cette terre qu’on leur laisse en bien mauvais état ? Quelle place faisons-nous à l’amour et à l’humain dans un monde où la réussite financière et professionnelle prime sur tout le reste ?


Dans une période où le gouvernement belge tente de légiférer les professions de psychologues et de psychothérapeutes en les faisant rentrer dans l’idéologie et dans le fonctionnement médical, en les subordonnant de plus au feu vert du médecin, on ne peut que craindre pour leur avenir et le nôtre en tant qu’humain.

 

Brigitte DOHMEN, formatrice en préparation affective à la naissance (haptonomie)



BIBLIOGRAPHIE


BEN SOUSSAN Patrick Le bébé imaginaire. Toulouse. Editions Erès. Collection « Mille et un bébés ». 1999.

DELAISI DE PARSEVAL G., JANAUD A. L’enfant à tout prix. Paris. Seuil. 1981.

DELOR François « La société de l’urgence renforce le sentiment d’insécurité ». Dans Imagine le monde allant vers, n°10, p.36.

DOHMEN Brigitte « Les ratés de la maternité. Le travail psychothérapeutique autour de la naissance ». Dans Psycorps, vol. 1 n°2, 1996.

LEMOINE E. Partage des femmes. Paris. Seuil. 1976.

SANTIAGO-DELEFOSSE Marie Fécondation in vitro. Demande d’enfant et pratiques médicales. Paris. Anthropos. 1995.

1 Publié dans la Revue Psycorps, vol.7 n°1, 2002.