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Haptonomie, naturopathie

Karine STOCK
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Haptonomie à Nancy.

Accompagnement affectif à la naissance à Nancy en Lorraine (54).

Accompagnement haptonomique du bébé de la naissance à la marche à Nancy en Lorraine à Nancy.

L'attachement : un besoin vital

Dès ses premières secondes de vie, le bébé est voué à créer des liens avec les personnes qui l’entourent. Au-delà d’une réelle valeur affective, cet attachement répond avant tout à un besoin vital, assurant sa sécurité et sa survie dans notre monde.

 

Mathéo, 6 mois, est allongé sur son tapis d’éveil. Sa maman feuillette un magazine à ses côtés, lui adressant de temps en temps quelques mots doux ainsi que des petites caresses sur les pieds. Mathéo, serein, manipule son éléphant rose tout en jetant régulièrement quelques regards en direction de sa mère. Mais soudain, celle-ci se lève et quitte précipitamment la pièce car on a frappé à la porte. Mathéo se met alors à pleurer, puis à crier. En l’espace de quelques secondes, le petit garçon est passé d’un état de sérénité à une position d’alerte. Le départ instantané de sa mère a plongé l’enfant dans une situation d’insécurité, de détresse, entraînant l’activation de ses signaux d’alerte. Cette scène, que tous les parents connaissent, est la manifestation visible du lien d’attachement qui relie un tout-petit à son entourage.

 

Depuis John Bowlby, psychiatre et psychanalyste anglais qui élabora sa théorie, les psychologues de l’attachement avancent que, par sa dépendance, tant psychologique que physiologique, un jeune enfant demeure tributaire des adultes pour survivre dans notre monde. C’est naturellement que ce petit être social est destiné à s’attacher aux autres, quelles que soient leurs réponses à ses sollicitations. Pour y parvenir, la nature a doté le bébé d’une palette de comportements lui permettant, dès sa naissance, d’attirer l’attention de l’adulte et de s’assurer de sa proximité. Non pourvu de langage verbal, c’est par le biais des pleurs et des cris que le très jeune enfant exprime son malaise, son inconfort, voire sa détresse et encourage l’adulte à se rapprocher rapidement pour les interrompre. De même, l’apparition de sourires et de vocalises permet au petit humain de créer et de prolonger des échanges avec ses aînés. Tout un ensemble de comportements établit une proximité vitale entre l’enfant et ses protecteurs : « Il peut crapahuter et suivre sa mère en permanence comme un petit poussin suit sa mère poule : c’est la fameuse période entre 10 mois et 2 ans du “bébé koala” ou “bébé timbre-poste” », explique Nicole Guedeney.

 

Certains malaises occasionnent des réactions en chaîne dans la tête d’un tout-petit. Par exemple, une situation d’alerte, la faim, la fatigue, le froid ou encore la séparation soudaine d’avec les adultes protecteurs entraînent l’émergence d’émotions négatives. Ces frustrations vont, à leur tour, activer son système d’attachement, réaction consistant à se rapprocher de son parent s’il est en âge de se déplacer, ou bien de pleurer, de crier, s’il ne l’est pas. Dès 9 mois, d’autres situations anxiogènes émergent au fil de son développement psychologique : l’éloignement des parents ou de la nourrice le soir, la présence d’un inconnu, l’obscurité de la chambre à coucher ou encore l’irruption d’un chien envahissant dans le salon.

 

Pour illustrer au mieux l’activation du système d’attachement d’un bébé, J. Bowlby le comparait au fonctionnement d’une chaudière. Si la température de celle-ci descend en dessous d’un certain niveau, la chaudière s’enclenche. Au contraire, si celle-là remonte au-dessus du seuil, celle-ci s’interrompt. Dans le cas du bébé, c’est la proximité avec la figure d’attachement qui va « éteindre » le système, tels ce père qui prend son enfant dans les bras pour le tranquilliser, cette mère qui adresse des mots rassurants à son bébé, ou encore cette professionnelle de crèche qui s’applique à croiser le regard de l’enfant inquiet. L’objectif étant atteint, le système d’attachement se « désactive ». Le bébé redevient calme et détendu, la proximité du caregiver étant associée à un sentiment de sécurité.

Maman, papa, ma nounou, mon gros chien…

 

On l’aura compris, la figure du caregiver (celui qui prend soin) est essentielle dans la constitution du lien d’attachement. Pour les psychologues, ce terme anglo-saxon désigne l’ensemble des protagonistes qui élèvent l’enfant, qu’ils soient ses parents biologiques, adoptifs, sa nourrice, sa référente de crèche, ses grands-parents. Dans certains contextes défavorables, où l’enfant souffre de sévères négligences de la part des adultes qui l’entourent, ce dernier peut s’attacher à un frère ou à une sœur aîné(e), ou même à son animal de compagnie, son chat, son chien, son hamster. En revanche, un enfant ne peut s’attacher à un objet inanimé, dans un premier temps, car cette chose ne pourra répondre à ses besoins.

 

Les neuf premiers mois de la vie lui sont nécessaires pour se constituer ses figures d’attachements primaires. Plusieurs étapes ponctuent la construction de ce lien (encadré ci-dessous). Dès lors, selon N. Guedeney, chacune d’elle devient unique, non substituable, irremplaçable. Ces figures sont principales, telle souvent la mère, ou subsidiaires, telle une nounou par exemple, la figure d’attachement principale étant la personne qui s’est le plus occupée du bébé pendant les premiers mois. Ce sera vers ces personnes clés que l’enfant se tournera spontanément en situation de détresse. Contrairement aux apparences, le qualificatif de « principale » ou de « subsidiaire » ne signifie pas que l’enfant porte davantage d’affection à l’une ou l’autre de ses caregivers, mais que la proximité de l’une lui apportera un plus grand sentiment de sécurité que l’autre. En clair, le câlin de sa maman le réconfortera davantage que celui de son assistante maternelle, aussi douce soit-elle ! Quelle qu’elle soit, la figure d’attachement représente une base de sécurité, un havre de paix, indispensable pour que le petit aventurier en herbe s’autorise à explorer son environnement, en toute sérénité. Une « base de sécurité » que N. Guedeney compare à un porte-avions : « Le bébé ou le jeune enfant est l’avion ; la base sécure, c’est le pont du bateau d’où s’élancent les avions pour les missions de reconnaissance. Le même pont doit être toujours libre pour les avions en mission afin que ceux-ci puissent atterrir dès qu’ils le demandent (que cela soit en urgence ou pas) : le même pont s’appelle alors le havre de sécurité. »

Pas tous égaux face à l’attachement

 

Mais tous les enfants ne tissent pas des liens de même intensité ni de même nature avec leur entourage. La qualité de ce lien résulte directement de l’attitude des adultes à leur égard : si certains caregivers ont pour habitude de répondre à leurs sollicitations de manière appropriée, rapide et cohérente, d’autres réagissent peu à leurs pleurs et encouragent excessivement leur indépendance, tandis que d’autres encore y répondent de manière incohérente, ambivalente, parfois négligente, voire maltraitante.

 

En 1963, Mary Ainsworth, psychologue développementaliste américaine, avait bien identifié ces différences dans les qualités du lien d’attachement. Par le biais d’une situation expérimentale appelée « situation étrange», elle en avait décrit trois types : l’attachement dit « sécure », forme d’attachement optimale, dans lequel l’enfant sollicite sa figure protectrice comme base de sécurité pour explorer son environnement (le porte-avions précédemment mentionné) ; l’attachement « évitant », dans lequel l’enfant à l’attitude fuyante et autonome en apparence cherche peu le contact de son caregiver et se comporte avec les étrangers un peu comme avec ses figures d’attachement ; enfin, l’enfant « ambivalent/résistant » manifeste un grand besoin de se coller à son caregiver, ce qui le freine dans l’exploration de son environnement. Il semble largement affecté par la séparation d’avec sa personne ressource et manifeste des réactions ambivalentes au moment des retrouvailles : il s’agrippe à elle, mais avec colère. En 1986, Mary B. Main et Judith Solomon déterminent un quatrième style d’attachement, appelé « désorganisé ». Il s’agit d’enfants présentant des comportements contradictoires et incohérents à l’égard de leur figure d’attachement, tantôt dans la fuite, tantôt dans le rapprochement.

 

Cette variabilité du lien d’attachement est aisément observable en crèche, espace dans lequel plusieurs jeunes enfants sont réunis et donc analysables simultanément. 14 heures, section des bébés : Chloé cherche toujours à se mettre sur les genoux de la professionnelle et se met à pleurer dès que celle-ci se lève pour subvenir aux besoins d’un autre enfant. Stéphane explore, quant à lui, la pièce à quatre pattes, de long en large et en travers, sans prêter une quelconque attention à la présence de l’adulte. Margaux, elle, jette régulièrement des regards à la professionnelle présente, tout en vaquant sereinement à ses occupations. L’intensité du besoin de proximité physique et la capacité à explorer de manière autonome l’espace laissent, dans ce contexte, deviner la qualité d’attachement du jeune enfant.

 

Il faut ajouter que les principes éducatifs modernes, qui prônent souvent une autonomie de plus en plus précoce du jeune enfant, peuvent créer une certaine confusion dans l’esprit des parents. Que ce soit d’ailleurs au domicile des familles ou dans l’univers professionnel, dans les maternités, les crèches, les pleurs du jeune enfant sont parfois qualifiés de caprice, on l’accuse de « faire son cinéma »… Certains parents ou professionnels hésitent même à prendre un enfant qui pleure dans leurs bras, de peur qu’il s’y habitue, voire qu’il en devienne dépendant. La théorie de l’attachement combat ces attitudes, qualifiées d’idées reçues et erronées. Selon cette théorie, chaque pleur est l’expression non verbale d’un malaise. Non, un jeune enfant n’est pas un manipulateur, un comédien, un coquin ou une chipie. Et les auteurs sont unanimes : il est nécessaire de répondre aux signaux d’alerte des bébés, dans les premiers mois de vie. Ils seront d’autant plus autonomes et sereins en grandissant.

 

Que deviendront ces enfants à l’attachement plus ou moins « sécure », devenus adultes ? Observera-t-on une cohérence, une continuité entre la qualité des liens qui les unissaient hier à leurs parents, avec celle qui les unira à leurs amis proches, à leurs amoureux, demain, une fois propulsé dans le monde des adultes ? Il semblerait que oui. Mais là, c’est une autre histoire… d’amour.

 

 

Source : Les grands dossiers des sciences humaines